Une première pour les Queens de Frontenac

Chouchoune et son imitation de Ginette Reno ont fait fureur auprès des locataires.

Nouvelles 31 août 2026

Une première pour les Queens de Frontenac

Pour célébrer la saison de la Fierté et la communauté 2SLGBTQIA+ des Tours, l’équipe de développement social de Gestion des Trois Pignons (G3P) a organisé le 14 août une de ses activités les plus rassembleuses. Les Queens de Frontenac, premier spectacle de drag présenté en ces lieux, a connu un grand succès auprès d’une foule de locataires de tous les âges.

Venue couronner Sarah Winters, Ciatha Night et Chouchoune, la météo estivale se prêtait parfaitement à la présentation extérieure des Queens de Frontenac. Toutes les chaises et les tables étaient occupées sur la terrasse Acacia, et les balcons bien garnis, pour les performances hautes en couleurs spécialement préparées pour les locataires.

« Nous avons eu la chance de collaborer avec des locataires qui travaillent dans le domaine de la drag. Cela a permis de leur offrir un espace pour exprimer leur art et montrer leur talent », explique Kitty Zhou, intervenante de milieu. Elle et son équipe ont senti le besoin d’une initiative encourageant la diversité dans la communauté, mais rien ne les préparait à ce que l’activité soit aussi populaire. « Ce ne sera pas la dernière fois », a-t-elle avancé, reconnaissant que l’implication des bénévoles et le volontariat du personnel de G3P ont permis d’accomplir une telle réussite.

« Oh oui, c’était vraiment bien, avec une température idéale. Puis ils travaillent fort quand même, c’est beau. Ils se démènent en tabarouette », témoigne Richard Beauchesne au sujet des performances de la soirée. Venu prêter main forte pour ranger tables et chaises après le spectacle, le bénévole se remémore avec nostalgie un âge d’or de la drag que lui et sa défunte épouse côtoyaient à l’occasion.  « Avec ma femme, on sortait au Théâtre des Variétés… donc Guilda, je l’ai vu 10-15 fois », raconte-t-il en riant, évoquant l’amour qu’elle avait pour les drag queens.

« C’était vraiment l’fun et varié comme spectacle. Ça vient rejoindre tout le monde. Autant les jeunes que les personnes plus âgées. Ça venait aussi chercher les enfants avec Marie-Mai, la K‑pop et la Reine des neiges… » a commenté Sabrina Turner, une maman venue profiter du divertissement en famille. Et elle ne cache pas son enthousiasme au sujet de cette première.  « En sept ans, il n’y a jamais eu quelque chose comme ça. Pour vrai, c’était parfait. »

Ce festin musical rameutant divas et paillettes s’est déroulé sur la terrasse Acacia grâce aux Productions Midor et à son fondateur, Michel Dorion, résident des Tours. Lorsque l’équipe de développement social a approché son agence pour organiser l’activité, il s’est lancé dans la création d’un spectacle unique mettant en vedette trois de ses artistes, incluant Chouchoune.

« C’est un travail d’équipe. Chaque artiste propose des titres qui pourraient convenir à l’événement, puis après ça, Michel fait une sélection là-dedans. Après ça, moi je les ai organisés dans l’ordre, puis j’ai monté le show comme tel à partir des numéros sélectionnés », explique Guillaume Dupuis, l’artiste derrière Chouchoune – qui habite également les Tours. G3P a eu l’opportunité de s’entretenir avec lui, une fois la poussière de glitters du 14 août retombée, afin d’en apprendre plus sur son parcours dans le monde de la drag.

Il était une fois, Chouchoune

L’histoire commence il y a 16 ans, au bar Le Cocktail, où Guillaume était lui-même client régulier avant de commencer à amuser la clientèle. Graduellement, ses connexions dans cette institution l’ont amené à développer son intérêt et à vouloir participer en offrant son aide. « J’étais le gars qui montait des zippers, qui trouvait des tounes, qui gravait des CD, qui rendait service », relate-t-il. Guillaume avait déjà la fibre artistique et musicale. Mais celui qui avait étudié le chant classique au Cégep et fait partie de l’ensemble vocal Ganymède ne s’attendait pas pour autant à commencer une carrière professionnelle dans la drag.

Il confie : « J’avais beau avoir fait toutes sortes de trucs artistiques, je n’avais jamais pensé que j’étais capable d’être drag. Parce que d’après moi, ça prenait un type de personnalité ou un type de corps ou un type d’habilité, que je ne me voyais pas vraiment avoir ». Cela ne l’a pas empêché de casser la glace, avec des amis. « Pour le trip, on a monté un numéro disco pour la fête de Michel Dorion. On s’appelait les Cocktails Sisters, on était quatre… on s’est fait des kits, tout ça. Je me suis fait maquiller par un artiste à l’époque qui s’appelait Destiny. Ça a vraiment marché solidement… »

Un succès qui a mis le feu aux poudres de sa passion et qui l’a motivé à participer au concours Miss Cocktail, un événement décisif dans sa carrière. « Pendant la 1ʳᵉ année, de 2010 à 2011, j’ai pris toute l’expérience que j’ai pu en essayant de m’inclure dans des événements gratuits, en me collant sur des gens qui avaient plus d’expérience, pour avoir des trucs, apprendre d’eux. J’ai fait le concours et j’ai gagné le titre de Miss Cocktail ! » De fil en aiguille, après cette victoire, Michel Dorion est devenu le mentor de Guillaume. Ils ont d’ailleurs coanimé le concours Miss Cocktail pendant quelques années après que Chouchoune l’ait remporté. « J’ai appris que je n’étais pas obligé de bouger comme un fou, de danser comme d’autres font, parce que je ne suis pas danseur… chacun ses talents. J’ai compris que je n’étais pas obligé d’en faire autant, parce que ce sont les yeux qui parlent. C’est le sourire, c’est la présence, c’est la connexion qui compte. » Avec son personnage en main, un partenaire précieux et des rêves à sa portée, Guillaume, n’aimant pas faire les choses à moitié, était propulsé sous les feux de la rampe.

Une affaire d’équipe

« Quand Michel a lancé son agence, je me suis greffé à ça, ce qui m’a amené à apparaître pas mal de fois dans la série de 2022 qui s’appelait l’Agence », poursuit-il au sujet de son ascension dans le milieu. Il reste pourtant humble quant à ses motifs et remet les choses dans leur contexte lorsqu’il parle de sa piqûre pour cet art : « Moi, ce que je cherchais, ce n’était pas juste un mode d’expression artistique. Je voulais aussi me faire des amis, un peu comme quelqu’un qui joue dans une ligue de hockey amateur et qui va s’investir. Il achète son équipement, il pratique avec sa gang d’amis à toutes les semaines. Tout ça, ça crée quelque chose et on bâtit quelque chose ensemble. Pour moi, c’est un parallèle assez juste. »

Parlant d’équipe de hockey, sans l’investissement de chaque joueur dans la partie, difficile pour la magie d’opérer. On peut dire la même chose de la scène drag, qui dépend de l’ouverture, de la collaboration et de l’entraide de sa communauté pour perdurer. Le spectacle du 14 août, par exemple, comptait 13 numéros sur une durée de 90 minutes. Ces 13 numéros impliquent 13 imitations spectaculaires, donc 13 transformations, effectuées par trois personnes seulement. Avant et pendant la production, il faut donc prévoir les maquillages, les perruques et les costumes. L’expertise de l’un est souvent demandée en échange d’un coup de main de l’autre, et vice-versa. Même le père de Guillaume s’est montré d’une aide exceptionnelle en lui construisant une loge autoportante à installer dans son appartement. « Tous les morceaux ont été faits de manière à ce qu’ils puissent rentrer dans une Smart. Une chance qu’ils étaient numérotés… c’était comme monter un gros meuble IKEA pendant deux jours. »

Entre deux vocations

Oui, être une reine de la drag demande de l’espace, mais aussi un grand investissement en temps, comme dans toutes les disciplines artistiques. Il ne faut pas oublier l’apprentissage par cœur de toutes les chansons performées. Même s’il s’agit de lip sync, et non d’art vocal, Guillaume tient à les maîtriser, à un souffle près. Une nouvelle chanson peut lui prendre une semaine de préparation, voire plus. « Il faut quand même que tu donnes l’impression de chanter, d’interpréter le personnage », explique celui qui, grâce à Chouchoune, se laisse habiter avec extravagance par Ginette Reno, Laurence Jalbert et Maurane, pour ne nommer que ces étoiles.

Des campings aux événements corporatifs, en passant par les CHSLD et les Tours Frontenac, Chouchoune enchaîne les contrats à temps partiel. Parallèlement, Guillaume fait un baccalauréat en administration à temps plein à l’Université TÉLUQ afin de renforcer ses compétences en gestion de projets. Ce dernier a travaillé longtemps chez Bell et a perdu son emploi dans la foulée des coupures massives de 2024. « L’année prochaine, j’aurai 50 ans. Je vais probablement être une des rares personnes au Québec à avoir sa carte étudiante et de la FADOQ, en même temps », dit-il en fin d’entrevue, à travers son sourire. « Je n’ai pas l’intention d’arrêter demain non plus », assure-t-il. « Je sais que je vais être capable de continuer longtemps. »